Dans une économie globalisée, les concurrents sont parfois nationaux, souvent régionaux et de plus en plus souvent mondiaux. De fait, depuis deux décennies de nombreuses poids lourds nationaux ont révisé leur stratégie pour appartenir aux cercles des leaders mondiaux de leur secteur. 

Si aujourd'hui le monde de l'automobile est agitée par le fantasme des voitures autonomes sans conducteurs, qui, on nous le promet, vont révolutionner l'industrie, au même titre que les Uber et Blablablac qui entrainer une chute des ventes d'automobile, il y a dix ans, le secteur de l'automobile était agité par un chiffre : pour survivre les grands constructeurs à l'ère de la mondialisation, devraient grandir et produire 6 millions de véhicules par an. A l'époque, la production mondiale d'automobile avoisinait 70 millions de véhicules. Autant dire que si la prophétie se réalisait, il n'y aurait plus qu'une douzaine de constructeurs vivant une dizaine d'année plus tard (12 constructeurs X 6 millions de véhicules par constructeur = 72 millions).

9 ans, plus tard, en 2014, Renault a produit 2,8 millions de véhicules et Nissan, sa société sœur en produit 5 millions de véhicules et Avtovaz, nouveau venu dans l'alliance Renault Nissan, en a produit 300 000. Les trois membres de l'alliance, ont produit 8,5 millions de véhicules. En 2014, Toyota et Volkswagen a écoulé 10 millions de voitures et camions.

Entre temps, la production mondial, grâce au dynamisme de certaines économies, dites en développement, est passée à 90 millions de véhicules. 

La prophétie s'est donc réalisée et la mondialisation a eu un profond impact sur les stratégies de l'industrie automobile. Face à des monstres comme Toyota et Volkswagen, Renault a du nouer des alliances pour rester dans la course à la taille et dépasser le cap des 6 millions de véhicules fusse au sein d'une alliance.

Devenir un leader mondial devient donc un enjeu dans un certain nombre de secteurs. Les voies pour y parvenir semble être nombreuses et certains cas originaux sont riches en enseignement. 

Adisseo, peu connue du grand public, pour avoir changé de nom au début des années 2000, a fait parler d'elle au moment de son rachat par un conglomérat chinois, Bluestar, en 2006. Elle a faisait partie des entreprises françaises les plus grandes rachetées par une entreprise chinoise. Des cassandres ont annoncés que l'entreprise serait engloutie dans le groupe chinois et pourtant, 10 ans, plus tard, on ne peut que constater que rien n'a été délocalisé et qu'au contraire, l'entreprise déjà largement internationalisée au moment de son rachat (usines aux USA et en Espagne, notamment) est devenue littéralement globale (avec des usines en Asie et de nouveaux clients sur les marchés asiatiques) et que l'entreprise a conforté et renforcer sa place sur le marché mondial pour devenir un des trois leaders du marche des suppléments pour l'alimentation animale avec 1,76 milliards d'euros de Ca, soit 3 fois le chiffre d'affaires de l'entreprise au moment de son rachat en 2006.

Comment Adisseo en est arrivé là ?

A l'origine, Marc Lingot, un diplômé de polytechnique crée en 1939, juste avant la seconde guerre mondiale, la société  Alimentation Équilibrée (AE) spécialisée dans la fabrication d'additifs pour le bétail, à Commentry dans l'Allier. La société, qui ne s'appelle pas encore Adisseo, devient en quelques années, l'un des tous premiers fabricants d'additifs pour bétail, grâce notamment à son savoir-faire en extraction de vitamine A des foies de poissons. La vitamine A est fabriquée dans l’usine de Commentry, qui reste à l'heure actuelle, un site majeur de l'entreprise. Pendant les périodes la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise met en pratique, les idées de son créateur : « Mieux nourrir l’homme»., en proposant des potages, des petits-déjeuners ou encore des biscuits. Une fois, le conflit terminé, l’Alimentation Équilibrée réalise la première la synthèse de la méthionine et invente le concept de « nutrition animale »: « Mieux nourrir les animaux pour mieux nourrir les hommes ».

Les ingénieurs de l’Alimentation Equilibrée relèveront le défi en réalisant, deux ans après la société Hoffmann-La Roche, la synthèse de la vitamine A en laboratoire.

En 1958, l’AE devient l’Alimentation Équilibrée de Commentry – Société de Chimie Organique et Biologique. 

Achetée en 1971 par Rhône-Poulenc, la société se tourne vers l'international et entre dans une période de fort développement industriel. 40 ans après sa création, la société connait un changement d'échelle. En 1971, l’AEC s’allie avec le groupe chimique français Rhône-Poulenc et constitue l’activité Alimentation Animale au sein de la Division Santé.

17 ans plus tard, l’AEC change de dénomination sociale et devient Rhône-Poulenc Animal Nutrition (RPAN). L’atelier Smartamine démarre et le siège social est transféré de Commentry à Antony. Cette même année, Rhône-Poulenc Animal Nutrition lance un projet d’enzymes fonctionnelles pour la volaille, qui voit le jour en 1996 avec les premières ventes de Rovabio.

En 1994, RPAN construit une usine pouvant produire 24000 tonnes par an de Rhodimet AT88, à Institue West Virginia, aux Etats-Unis pour produire de la méthionine luqide et qui lance en 1996, Rovabio Excel, un enzyme fonctionnel pour la volaille.

En 1999, au moment de la fusion entre Hoechst et Rhône Poulenc, la société change de nom pour devenir Aventis Animal Nutrition, dénomination qu'elle ne conservera pas longtemps puisque le groupe revend sa filiale à son management et au fond CVC Capital partners. C'est à ce moment que la société prend le nom d'Adisseo.

Sur un plan industriel, Adisseo construit en 2003, une unité de production aux Roches dont la capacité de production atteint 77 000 tonnes par an.

En 2005, afin de renforcer sa compétitivité dans un marché mondial toujours plus exigeant, un plan d'augmentation de la productivité et de la qualité est lancé. A la fin de l'année, la capacité de l'usine de Burgos en Espagne construite en 1975, atteint 105 000 tonnes de méthionine liquide par an.

En janvier 2006, la société est rachetée par la société Bluestar, filiale du conglomérat chinois Chemchina. A ce moment, Adisseo est la seule société au monde capable de produire de la méthionine solide et liquide et détient 29 % de part de marché au niveau mondial et vend ses produits dans 140 pays. En 2007, c'est au tour d'Adisseo d'acheter l'activité produits soufrés de Rhodia Organics basée aux Roches dans le cadre d'une stratégie d'intégration verticale.

Fin 2007, pour s'adapter à ces différents changements, Adisseo se réorganise pour pouvoir se concentrer sur la production de vitamine A et de produits complémentaires.

En 2009, le conseil d'administration de Bluestar valide un plan d'investissements de 25 millions d'euros pour augmenter les capacités de production des usines françaises et espagnoles.

Un an plus tard, Adisseo valide un investissement de $100 millions pour réduire le coût de production de la méthionine et pour augmenter les capacités de production.

En 2010, Adisseo désormais entreprise franco-chinoise, se fixe 3 objectifs stratégiques :

1. Etre un leader mondial, dans les additifs alimentaires,

2. Devenir le plus grand producteur de méthionine sur le marché Chinois

3. S'attacher à devenir une entreprise « green » qui fournit des produits sains et très bons pour la santé

La même année pour bénéficier des financements lui permettront d'atteindre des objectifs, l'entreprise tente une introduction en bourse de Hong-Kong, à l'époque la place de marché dominante en Chine, se voit contrainte de repousser le projet. Il lui faudra attendre 2013, pour relancer le projet via une introduction en bourse, réussie, cette fois-ci en bourse de Shanghai. Adisseo sera la première société française introduite à la bourse de Shanghai.

En 2011, le Groupe Adisseo rachète INNOV'IA,  leader européen de la conception et de la transformation à façon d’ingrédients en poudre et granulés pour l’agroalimentaire, la cosmétique, l’industrie pharmaceutique et la chimie fine.

En 2014, Adisseo invertit 110 millions d'euros sur son site des Roches à Sant-Clair du Rhône pour la construction d'une nouvelle unité de production.

En 2015, Adisseo noue un partenariat avec la société Novozymes ; ce partenariat porte sur le développement d'une solution nutritionnelle à base de micro-organismes.

Si l'on décode la stratégie d'Adisseo, on voit que son développement s'est appuyé sur 4 piliers :

- une forte capacité d'innovation : fort de 6 centres de recherche, Adisseo fait partie des leaders technologique dans son domaine depuis sa création. C'est la seule entreprise à être à même de produire de la méthionine liquide et solide. L'entreprise dépose des dizaines de brevets chaque année et affiche actuellement un portefeuille de 400 brevets

- une solide stratégie financière : de son rachat par Rhône Poulenc en 1971 qui lui a permis de s'internationaliser au rachat par Bluestar qui a investit des centaines de millions d'euros dans la société à l'introduction en bourse en 2013, qui lui a permis de lever des fonds lui donnant les moyens de développer sa capacité de production et sa force de vente, on voit que devenir un leader mondial repose notamment sur une forte capacité financière,

- des acquisitions : permettant de sécuriser ses approvisionnements ou le circuit de distribution, d'acquérir des technologies ou de faire évoluer des partenariats,

- la capacité à choisir des acheteurs ayant un projet industriel de long terme pour l'entreprise.

Le cas d'Adisseo est très atypique dans la mesure où la pénétration du marché chinois toujours difficile pour une entreprise non chinoise a été rendue possible précisément par le rachat par une entreprise d'état chinoise.

Pour aller plus loin

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Adisseo.biz

Coproduction de vapeur à partir de bois en partenariat avec Neoen sur 24pm.Fr

Investissement à Commentry sur SARL SA.com

Services juridiques

Béatrice Davari, avocate spécialisée dans la défense des entreprises contre les abus des banques, présente le site Avocat-banque.com